Pour prouver la faisabilité de cette technologie, il nous fallait un site expérimental, où nous pourrions réaliser quelques constructions.
Disposant d'un très bon contact avec le village de Badougou-Nafadji dans la commune du Mandé, à 40 km de Bamako où nous allons depuis 1992, nous avons sollicité le village pour un terrain suffisant. Après discussion, le village nous a attribué gratuitement un magnifique terrain, sous les manguiers, un peu à l'écart du village, tout près du marigot. On ne pouvait trouver mieux ..!..
Notre projet consistait à réaliser 2 maisons :
- l'une très simple, de 2 voûtes, avec salon et 2 chambres, ET douche intérieure ... ( en brousse, aucune maison n'a de douche intérieure ...). Nous nommerons cette maison "Makamba", prénom du fondateur du village
- l'autre plus conséquente, avec un étage ... que nous nommerons "Soundiata", prénom du fondateur de l'Empire du Mali ( Soundiata KEITA ), né à quelques kilomètres ...
Mais l'expérience montrera le besoin d'ajouter une dépendance pour y mettre une cheminée, et un atelier-magasin, pièces très souvent sales, donc un peu à l'écart. Nous nommerons cette troisème constructuion "Mamynaba", surnom donné à une femme récemment décédée, maîtresse femme, qui fut même intronisée dans la confrérie des chasseurs de Nafadji .. exploit unique et exceptionnel ..!..
Nous destinons "Makamba" à la location pour du tourisme solidaire ... et la grande maison pour notre siège social au Mali.
Le chantier est resté un site ouvert au public dès le départ. En effet, nous savions y réaliser quelque chose d'anormal ..!.. Lorsque l'on nous a demandé ce que nous allions construire, nous avons répondu : "quelques maison, en terre" ... Et lorsque nous avons évoqué cette maison 100 % en terres avec "voûtes en terre" .. ce fut un grand étonnement, proche du voeu officiel de cesser immédiatement le chantier ...
Nous avons donc travaillé avec des très nombreuses visites quotidiennes .. voire des espions qui venaient de loin ... afin de comprendre ... puis ce fut un changement d'attitude lorsque les murs furent bâtis .. 60 cm d'épaisseur, 3 fois plus épais que ceux d'une case ... Ce furent les visites de complaisance, de fierté : toute célébration à Nafadji ( décès, mariage, naissance, réunions avec d'autres villages, ..) fut l'occasion de " faire visiter nos maisons en terre" ... "hééé .. 100 % terre : pas de bois, pas de fer, pas de ciment, pas de tôle ..".

Makamba est achevée ... et disponible en location ...
pour des visiteurs adeptes du Tourisme Solidaire ...
... pour prendre un moment de détente dans un vrai village malien ...
Après Makamba, vint le tour de Soundiata et son étage .. dont le village ne savait rien ...
Lorsqu'il apprit que nous envisagions un étage, on entendit :
- Jacquy, ça va pas .. tu as dit avec un étage .. bon .. mais tu as dit sans bois, sans fer ... donc ça ne va pas .. partout, au Mali, à Ségou, à Mopti, à Djénné, à Tombouctou, partout où l'on construit avec étage, on met du bois, ou du fer .. alors ..?."
Ma réponse fut sans appel ".. avec étage .. sans bois, sans fer .. donc avec des voûtes, comme Makamba .." ... "mais Jacquy, ça va s'écrouler si tu mets pas le bois ou le fer .."...
On discuta beaucoup dans le village, et la question était simple : "soit on fait confiance à Jacquy, soit il faut lui dire d'arrèter son chantier". Il fut décidé de faire confiance.

Soundiata, seule maison au Mali qui soit 100 % en terre sans bois ni fer ...
La Direction Nationale du Patrimoine du Mali en a fait la déclaration à l'UNESCO ...
... l'herbe a beaucoup poussé car la pluie est venue, sans effleurer la maison en terre ...

Soundiata et son annexe Mamynaba
... en saison sèche ...
Le chantier fut réalisé comme convenu, Soundiata, et son annexe Mamynaba. Et la confiance devint de la fierté. Nous ne puvons dénombrer les visiteurs venus sur le chantier. Notre livre d'or fut initié, mais dû s'interrompre, trop lourd à gérer par le chef de chantier qui l'oubliait souvent. On ne compe plus aujourd'hui les visiteurs venus de tout le Mali, gens modestes et personnalités, parfois sans notre présence. L'écile d'architecture y envoya sa dernière promotion en stage; des ministres orginaires du Nord où l'on construisait en terre avec étage, vinrent vérifer comment on pouvait faire la même chose sans bois ... tous pour ajouter une page à un éventuel carnet de commandes.
Mais avant de réaliser toutes les commandes qu'on voulait bien nous passer, nous ne cédions pas à notre requète : aucune maison ne démarera tant que nous n'aurons pas de centre de formation afin de former des maçons et chefs de chantiers aguéris à cette technologie particulière : la FORMATION D'ABORD .... ensuite, on verra ... rien n'est encore venu, mais des pistes sont en cours ...
Nous rencontrions ensuite un souci : lorsque nous donnions les ratios de prix au mètre-carré, nous constations que les villageois pensaient :
-" jacquy .. c'est toi qui dit ça ... mais nous, on dit que c'est très cher .. plus cher que les maisons en ciment avec des tôles" ...
Pour les convaincre, il nous fallait donc mener une expérience avec une famille souhaitant une telle maison, qui prendrait en charge les mêmes dépenses qu'elle finançait dans le cadre d'une case habituelle; et Tapama prendrait alors en charge ce qui était "nouveau" : les maçons essentiellement. Tapama était OK pour ajouter un suplément pour les portes et fenètres d'une certaine qualité, ainsi que l'électricité, la plomberie et le carrelage d 'une douche éventuelle.
Ce scénario nous permettrait alors de faire constater à un chef de famille ce que nous affirmions en matière de coût.
Le premier des chefs de famille était le chef de village qui s'empressa d'accepter; mais avec un gros problème dont nous avons subi les contrecoups plus tard : le chef de village venait de faire re-construire sa case .. sa maison était donc neuve, certes en terre avec tôles, mais neuve .. et le chef de village décida de faire abattre cette maison neuve pour que nous réalisions en lieu et place une maison de 2 voûtes .. ce qui déplut à quelques familles qui avaient fourni de la main d'oeuvre pour aider à la construction de la maison du chef .. main d'oeuvre qui nous fera un peu défaut ensuite .. mais rien de grave ...

La maison du chef de village ...
Avec toit en rebord, porte entourée de briques cuites ...
... sans aucun ciment ... mais avec chaux, kaolin, etc ...
Ce fut une totale réussite. le chef de village est aujourd'hui dans sa maison, qui est devenue un monument que l'on visiter : le chef de village a estimé que sa véranda (voûte du salon) est plus grande que la case à palabgres du conseil de village; toutes les réunions publiques se déroulent donc la maison du chef de village qui ne bouge donc plus de chez lui sauf pour la prière à la mosquée ... pour laquelle il roule en fauteuil donné par Tapama. Conseillers de ministres, chefs de village, préfets, tous ces visiteurs sont heureux du confort de cette maison du chef de village ...
Ainsi s'achève le site pilote, donc réalisé sur nos fonds propres. Toute autre construction ne sera réalisée que sur un budget spécifique où Tapama ne versera plus un sou : nous avons voulu montrer la faisabilité du projet. C'est fait. Ce sont les autorités du Mali qui doivent faire en sorte de s'approprier cette technologie pour le bienfait des populations. Tapama est prète à collaborer, assiter, conseiller, former, etc ...
D'autres projets spécifiques seraient très intéressants :
- réaliser un marché couvert en terre: ce projet est à l'étude avec le village de Nafadji, mais cla pose des soucis de terrain, et, avant tout, de réorganisation du village : un nouveau marché implique une sorte de nouveau "plan d 'occupation des sols"; et cela ne se fait pas en un jour dans un village ...
- réaliser des fours à pains, des greniers à mil ( logo de Tapama ..!..), ...
- aborder un nouveau concept architectural : réaliser des calottes spériques, ou dômes, en terre crue, comme nos maisons. On sait le faire depuis longtemps ( voir à ce sujet les réalisations de notre ami Fabrozio CAROLA, au restaurant "L'Auberge du Cheval Blanc" à Bandiagara; voir aussi le marché de notre amie Aminata Dramane TRAORE à bamako, près de son Hôtel " le Djénné" ), mais avec des briques de terre cuite Rien n'a été tenté ( à notre connaissance) avec des briques de terre crue ... il faut essayer ...
- etc .. etc ..
Nous ne manquons pas d 'idées, ni de courage, mais nous manquons de sponsors et partenaires financiers ...