En 1992, alors que JP (*) travaille depuis peu à Energie Du Mali (EDM), le tennis-club de Bamako organise une tombola. La lot principal, un panneau solaire, est gagné par un coopérant français qui doit quitter le Mali, en fin de mission. Il décide de remettre ce panneau solaire au village de son gardien où il se rend de temps en temps, Nafadji. Reste à trouver un volontaire pour accomplir cette mission. Le sort tomba sur JP ...
A l'époque, et jusqu'en 2008, il faut emprunter une route de 40 km de cailloux, donc insuportable, pour se rendre à Nafadji. Et lorsque JP arrive à Kamalé où il faut virer à gauche [
au Mali, on ne tourne pas à gauche, on vire ..], quelle n'est pas sa surprise : lui le fanatique de la Baie du Mont Saint Michel et de son monstre de granit, retrouve en face de lui, une réplique n'ayant pour tout habitant que quelques serpents ...

En 1992, Nafadji est un village de 1300 habitants environ. La matronne se nomme Maïmouna, le chef des jeunes Sina KEITA, le directeur de l'école Mahamadou TOUNKARA, l'infirmier Djoma KEITA, le griot Bandia Camara, etc ...
JP s'installe dans le dispensaire, où il dormira lors de tous ses séjours, jusqu'en 2009. Ensuite, il dormira dans ses maisons en terre ...!..
JP aime le village; noue d'excellentes relations avec certains de ses habitants .. à condition qu'ils s'expriment plus ou moins bien en français ... Il surnommera à sa façon quelques villageois : Tan Nani, mais aussi La Hache, avec sa hache sur le dos, etc ... Il vient participer à certaines fêtes locales, dont Ramadan et Tabaski, pour laquelle il innove en faisant tuer une chèvre et répartir la viande entre les 10 familles les plus pauvres. Vingt ans plus tard, c'est une vache que l'on tue, elle nourrit 30 familles pauvres, dont 10 reçoivent aussi un pagne ... Le don est devenu une tradition ...
Le 22 septembre 1992, jour de fête nationale, c'est le premier de l'ére démocratique qui vient de se mettre en place au Mali, suite au coup d'état du colonel Amadou Tounami TOURE qui, fait exceptionnel et unique au monde, réalise un coup d'état pour remettre les pouvoirs à des civils : JP était aux premières loges, et se souvient avoir vécu une "époque formidable"; coïncidence : le 22 septembre est celui de la 1ère république Française, en 1792, et c'est aussi une célèbre chanson de Brassens ...
Le village lui offre le sceptre du village, sculpté dans du bois, et le baptise, quasi officiellement, Makamba KEITA, du nom du fondateur du village. Le surnom disparaitra pendant les années françaises de sa fin de carrière à EDF ...
JP finance une campagne de vaccination aviaire suite à une hécatombe de poules ..
Il participe et filme la construction des barrages dans les bas-fonds ... qui donneront 20 hectares de zone inondée pour cultiver le riz ...
JP voyage dans les hameaux, avec son vélo qu'il laisse au village. Vingt ans après, le vélo est devenu la propriété du griot, Bandia CAMARA ... Il tombe dans un piège tendu par son ami Dramane et se retrouve marié malgré lui, après un test en bambara ..!.. mariage factice, qui fera rire tout le village, et montrera à JP l'attachement qu'il lui porte ..
En 2003, JP prend sa retraite de EDF, et revient au Mali. Il lance l'année suivante le projet des constructions 100 % en terre : le village lui attribue un terrain qui ne lui plait pas du tout; il en propose un autre, et le village accepte ...
Le terrain deviendra
TapamaBougou (
le village de Tapama ), visible sur la carte aérienne du village ..
Mais le village craint pour ce genre de construction, et envoie chaque jour des anciens pour voir, à moins qu'ils étaient là pour espionner ...
... finalement, ces maisons sont devenues la fierté du village ... on vient de partout visiter les maisons sans bois, sans ciment, sans fer, et sans tôle, où il fait si bon vivre ... le chef de village en a voulu une .. il y vit très heureux ... avec beaucoup de visiteurs chaque jour ..
(*) :
Jacquy PRUDOR