Djénné n’est pas un village, mais une ville de près de 15 000 habitants. Djénné possède une histoire de près de 2 000 ans. Notre premier séjour à Djenné remonte à 1992, à l’époque où le tombeau de la petite Tapama était sans construction en terre, mais une dalle à terre, entourée d’une grille en fer forgé de 1 mètre de hauteur.
Djénné devrait être notre « village-fétiche », et ce pour plusieurs raisons :
- C’est la ville natale de la jeune fille Tapama KAYANTAO, sacrifiée vivante il y a longtemps ( voir sa légende dans la rubrique correspondante sur ce site), et dont nous avons emprunter le prénom pour nommer notre association ;
- Elle fut enterrée entre 4 murs de terre, parce que des murs en terre s’écroulaient … et notre projet principal est de construire 100 % en terre, sans bois, sans fer, sans tôle, sans ciment, …
- Djénné est une ville qu’on pourrait surnommer le « Mont Saint Michel horizontal » du Mali ...
. Djénné est entourée d’eau .. comme le Mont Saint Michel
. Djénné possède un joyau architectural mondialement réputé, classé par l’UNESCO, de caractère religieux, à savoir sa mosquée .. le Mont Saint Michel possède son abbaye et sa merveille …
. Pour arriver à Djénné, il faut emprunter une très longue digue, sinon ce serait une île … comme le Mont Saint Michel …
Mais notre association et Djénné n’ont momentanéement plus de contact, pour des raisons curieuses, mais c’est ainsi.
- Djénné est une ville, et ses responsables changent avec chaque élection municipale ... ce qui ne simplifie rien …
- Djénné est jumelé avec VITRE, une petite ville de Haute Bretagne, à quelques encablures de notre zone de vie en France. Nius avons donc contacté VITRE, et avons constaté que cette ville donne chaque année une grosse somme d’argent à Djénné, jadis 45 000 €, et 15000 € depuis quelques années ; et nous ne partageons pas les procédures de contrôle de bon usage de cet argent .. partant du principe que 2 associations dans une même ville ou village finissent toujours par des soucis, nous préférons nous mettre sur le côté, un peu réservés .. sauf opportunité que nous saisirons alors … laissons le temps agir …
- Nous n’avons plus de contact avec notre interlocuteur permanent, depuis que nous avons bien fait comprendre que nous ne procédions pas comme VITRE, qui remet telle somme de main à main … Tapama paye les fournisseurs sur facture, et après contrôle du travail devant être exécuté conformément au devis et autres décisions, en conformité avec ce que nous considérons valable comme solution : il n’est pas question de laisser faire seul la ville de Djénné : nous savons qu’ici ou là, on a demandé le financement d’un grand puits, alors qu’un puits simple suffisait, et que, en réalité, c’est un puits simple qui fut réalisé .. mais l’argent alloué fut celui du puits à grand diamètre : où est passé l’argent de la différence .. ?
Enfin, une ambiance froide existe entre nous depuis qu’un grave incident est survenu, incident dont nous ne sommes pas responsables amis aux seules autorités de Djénné, et qui peut se résumer ainsi :
- Djénné est réputée pour disposer des meilleurs maçons en architecture de terre ; mais ils ne pratiquent pas la technologie que Tapama maîtrise, à savoir les constructions en terre avec voûte semi-cylindrique des égyptiens. Partant d’une relation amicale entre notre association Tapama et Djénné, nous proposions, en 2007, de prendre en stage sur notre chantier pilote, 3 maçons de Djénné que nous formerions à cette technologie si particulière afin que Djenne soit la première ville a disposer de cette compétence. Nous proposions un stage de 6 mois, avec nourriture et logement à notre charge, le SMIG malien en argent de poche supplémentaire, ainsi que l’eau chaude de la douche matinale et de fin de journée avec le lavage du linge : nous ne pouvions faire plus.
Nous demandions à notre interlocuteur permanent à Djénné de désigner, avec le maire et la confrérie des maçons, les 3 candidats au stage. Ainsi fut fait. Ceux-ci débarquèrent sur le chantier, avec transport payé par Tapama, mais décidèrent de ne pas travailler et d’apprendre exclusivement en regardant : ils furent licenciés sur le champ. Mais il voulurent quitter le campement avec leurs matelas .. Ils durent tout restituer, et quittèrent le village honteux, certains anciens du village se chargeant de les sermonner ...
Nous n’eurent plus jamais de nouvelle de Djénné ; nos courriels restaient sans réponse, ainsi que nos messages sur répondeurs téléphoniques … jusqu’en janvier 2010 .. par hasard ..
JP venait à Djénné rendre visite à son ami Abdelkader FOFANA, architecte, chargé de gérer le chantier de rénovation de la mosquée de Djénné qui avait subi de très graves dégâts, et justifiait d’un chantier énorme de grattage et recrépissage total. Ce projet était pris en charge par son Excellence l’Aga KHAN, et permit de découvrir que les maçons de Djénné n’étaient peut-être pas ce qu’on en disait depuis des décennies … que de tonnes de terre déposés pour rien, sans réflexion, sans contrôle .. curieuse façon de procéder annuellement au crépissage de l'édifice : une lutte de quartiers qui se répartissaient le crépissage, le gagnant étant le premier ayant achevé ... n'importe quoi ..!.. au lieu de calbrer le crépissage, on chargeait au mieux ... il devenait normal qu’un jour quelque chose de la mosquée ne s’écroule … pitoyablement … ce qui survînt … d'où la rénovation ...
Amoureux et experts en constructions en terre, JP et Fofana visitaient de concert la mosquée dans tous ses détails, et devisaient avec un réel plaisir partagé, lorsqu’ils croisèrent un homme âgé, bien connu de Fofana qui fit alors les présentations :
- « Jacquy, je te présente monsieur XXX, vice-président de la confrérie des maçons de Djénné, ancien maçon, ….
- Xxx, je te présente mon ami Jacquy, le responsable de l’ ONG Tapama qui construit les maisons 100 % en terre dont nous avons souvent parlé .. » …
C’est alors que le vieux maçon se met à décrier :
-« .. monsieur jacquy .. pardon .. mille pardons .. mes excuses, toutes mes excuses ... mon fils .. c’est mon fils que tu as licencié sur ton chantier … c’est un imbécile …il n’a rien compris … je l’ai expulsé de ma propre maison à son retour ici .. je vais envoyer un petit pour le chercher, et qu’il vienne ici et maintenant, afin de s’excuser auprès de toi, devant moi et Fofana .. »
Le pauvre homme était tout boulversé .. Son fils était donc l’un des 3 maçons venus sur notre chantier pour se former … il aurait subi l’influence du meneur du groupe .. meneur qui, quelques jours avant cette rencontre due au seul hasard, venait de se faire licencier du chantier de la mosquée .. par Fofana lui-même . !. destin, hasard … Le jeune homme arriva en effet, s’excusa pitoyablement, retourna à ses occupations, alors que son père ne savait comment nous suivre pour continuer de s’excuser …
JP et Fofana achevèrent la magnifique visite de la plus belle mosquée de l’Afrique de l’ouest .. Fofana expliquant tous les grattages ici et là, jusqu’à 60 cm sur le toit .. !.. puis les recrépissages, couche par couche, centimètre par centimètre …etc.. etc .. visite exceptionnelle, dont JP mesurait le privilège … magnifique ouvrage … Fofana fit cadeau à JP d'une brique de la mosquée de Djénné : une Djénné-féré .. brique d'argile, cylindrique, de 15 cm de diamètre, de15 cm de hauteur ... posée debout ... seul bâtiment construit avec cette brique ... il a fallu des millions de telles briques pour rebâtir cette mosquée voici déjà cent ans ... joli souvenir ...
Nous n’eûmes plus de contact avec Djénné. Mais nous y retournerons bientôt ; nul doute que le temps aura remis certaines choses en place, et que notre ONG reprendra sa place de partenaire privilégié auprès de la ville natale de sa protectrice …
Jacquy PRUDOR