Lorsque je suis revenu au Mali en 2003, je l’avais donc quitté depuis presque 10 ans. Dix années pendant lesquelles j’avais gardé quelques contacts. mais je voulais savoir si j’allais aimer à nouveau, si j’y avais encore de vrais amis, si j’avais encore quelque chose à y faire ... La réponse positive est vite venue : le Mali avait changé ( quand je pense à ACI 2000 et ses immeubles, je l’ai connue lorsqu’il n’y avait strictement rien : c’était l’aéroport militaire .. !..) ; je retrouvais le Président Amadou Toumani TOURE à Koulouba ( Palais présidentiel), mais il n’était plus le putschiste de mars 1991 qui mettait le dictateur, sa famille et ses ministres en prison : il était désormais élu, et avait succédé légalement à Alpha Omar KONARE devenu Secrétaire Général de l’ Union Africaine.
Le Mali se redressait économiquement ( son PIB dépassait allégrement les 5 % ..!.. à rendre jaloux les pays européens; ses responsables reprenaient enfin leur place dans les institutions internationales ; on parlait à nouveau de Mali en tant que berceau de la civilisation de l’Afrique de l’Ouest. Le Mali venait même de vivre sa CAN ( Coupe d’Afrique des Nations, en football), où il s’était bien comporté ; son équipe de basket féminine commençait à faire des merveilles : peu après, elle deviendra championne d’Afrique, et restera quelques années en haut du pavé, et son président, l’ami Hamane NIANG, qui avait fait ses études à CAEN et concessionnaire Mercédès et Mitsubishi sur la route de Koulikoro, deviendra bientôt ministre des sports. Bref, le Mali changeait .. et changeait bien ..!.. j'avais envie d'être une goutte d'eau dans cet océan d'aventures ...
Avant de revenir, j’avais bien évidemment discuté avec mes amis par internet, notamment Salihou Ibrahim TOURE, mon vieux complice à l’informatique de Energie Du Mali (EDM], que j’y avais embauché en 1992 [ cette seule ambauche mériterait un jour quelques pages d'un livre .. à suivre ..), mais qui avait quitté EDM pour créer sa propre entreprise ; il en créera une seconde où il se sentira plus libre. Je possède encore le message où il me disait deux choses importantes :
-« .. Jacquy . si tu reviens au Mali, il faut que tu aides mon village, Djichini, et il faut aussi que tu reviennes avec ton idée et projet de 1993 : une grande école d’ingénieur en informatique liée à ton fameux CNAM ( Conservatoire National des Arts et Métiers, dont je fus diplômé, puis un des administrateurs, et aussi le « Président de département », ailleurs on appelle ça "Doyen de faculté", c'est plus pompeux ... du département Informatique et Maths Appliquées, en 1977… j’avais 28 ans : on fait les erreurs qu'on peut ..!..). »
Pour le premier point, ce fut Oui, sans poser de question, sans même savoir où était ce village : on fait toujours confiance à ses amis. Pour le second, je pris contact avec la Direction du CNAM, qui me rédigea la lettre de mission adéquate. Elle me permit de rencontrer notre conseiller "Education" à l'ambassade, archi nul ... et surtout quelques autorités, dont le cabinet du premier ministre qui approuva le projet d’une grande école d’ingénieur affiliée au CNAM. Mais le gouvernement fut remplacé quelques mois plus tard, etc .. [ pour la suite, voir, la rubrique « Education » sur ce site ].
Salihou TOURE appartient à l’ethnie Tamashek, au Nord du Mali, tout prèt du désert, là où il y a parfois quelques conflits armés. Sa famille est issue des nomades du désert, vivant jadis d’échanges commerciaux, lors de transports de ville à ville à travers le désert, notamment les plaques de sel bien connues. Mais l’un de ses ancêtres a décidé de se sédentariser : ce qui permettrait la scolarisation des enfants. Ils se fixèrent alors dans une zone du Mali qu’on nomme le « Gourma », et aussi la « Boucle du Niger » ( le fleuve). Ils étaient situés dans un petit village, Djichini, après celui de Bazi-Gourma, le long du fleuve Niger, en face de Ansongo, ville à mi-chemin entre Gao, la capitale du Nord malien et capitale de l’ancien empire Touareg ( .. et qui voudrait le redevenir .. ?.. hum, je n'ai rien dit ....), et NIAMEY, l’actuelle capitale du pays voisin, le Niger.
Ainsi étaient nés plusieurs hameaux et villages le long du fleuve Niger, ressource essentielle quand on peut l’utiliser. Mais le village de Djichini était situé sur une dune, à environ 70-80 mètres au-dessus du niveau du fleuve, d’où l’on descendait en pente douce vers le fleuve qui, à cet endroit, mesurait environ 2 km de largeur, avec une île au milieu. Les abords du fleuve avaient été maîtrisés par les villageois, pour cultiver le riz. La pêche dans le fleuve les occupait en dehors de la saison agricole. Les femmes tissaient beaucoup de belles nattes qu’elles vendaient au marché de Ansongo, en s’y rendant avec la pinasse qui venait et les ramenait chaque jeudi.
Aider un tel village devenait alors une sorte de défi sur plusieurs plans :
- C’est très loin de Bamako : plus de 1300 km, au bord du désert, il y fait chaud ; pas facile d'y venir fréquemment : et le seul voyage coûte cher ..!..
- Le village est très récent, et n’a rien : ni école, ni centre de santé, rien …
- La terre est rare, et le sable envahissant …
- Les gens sont des anciens nomades, et n’ont pas l’habitude de la sédentarisation, avec ce que cela suppose de saisons, de travail agricole sur longue durée, etc …
Quoiqu’il en soit, en janvier 2004, nous débarquions, Salihou et moi, à Djichini ( ainsi que Fantamadi, mon vieux complice qui me suit partout, ou presque ..). L’accueil fut fabuleux, la gentillesse débordante, l’ambiance plus que chaleureuse .. un grand moment .. mais qu’allions-nous y faire .. ? .. de vraies émotions, car j'ai pleuré à Djichini ..!.. ( voir rubrique " Nos activités : réalisations" ...)
On discuta beaucoup. On évoqua la construction d’une école … de fournitures scolaires … d’un potager pour les femmes … de matériel de pèche pour les hommes .. de matériel de tissage pour les femmes .. de cuisine et de formation à la bonne cuisine [ Boulaye, le petit frère de Salihou, nous avait accueilli la veille à Ansongo où il était enseignant, et son épouse Sapho nous avait préparé un capitaine .. jamais égalé .. on le nomme depuis le « capitaine Sapho » .. .. « le régal du fleuve », aurait-on écrit sur la carte de la Mére Poulard ]..
Nous quittions Djichini 3 jours plus tard avec la certitude de venir y réaliser quelque chose. Mais Tapama déciderait en fonction de son budget qui était bien petit pour réaliser tout ça .. et Djichini est si loin .. !..
... à suivre ....