Nous aidons certains villages avec nos maigres moyens. Mais nous ne sommes pas les seuls. D’autres associations en France interviennent au Mali, avec plus ou moins de bonheur. Présents au Mali en permanence grâce à Tapama-Mali, certaines associations nous sollicitent pour un coup de main. Si les choses sont saines, nous aidons volontiers : nous évitons la « collaboration » avec des structures genre « néocoloniales », qui décident en France ce qu’il est bon de réaliser au Mali.
Lorsqu’une association du département des Yvelines nous a sollicité à propos d’un projet dans un village de Kounda, près de KAYES, à l’extrême ouest du Mali, nous n’avons pas hésité. De plus, il s’agissait du village de notre ami et Secrétaire Général ( au Mali, on dit couramment SéGal, plutôt que Secrétaire Général ..) de Tapama-Mali, Monsieur Amadou Seydou TALL : descendant direct du grand personnage historique Toucouleur, et celui qui m’accueillit si bien lorsque je descendais de l’avion en 1991, et mettais les pieds pour la première fois au Mali et en Afrique. Enfin, car on ne peut raconter ici les diverses aventures qui furent nôtres, c’est avec mon ami TALL que je suis descendu de Rabat à Bamako en 2008, par la route, avec le 4x4 de Tapama, le bien nommé « Petit Concorde » pour son confort et son bruit particulier à 120 km/h ressemblant à celui d’un avion …
Amadou, ou Débé pour les intimes, et votre serviteur, sommes donc partis pour Kounda en début 2009.
En réalité, nous devions passer par Kayes, ne serait-ce à cause de la maison familiale des TALL, où notre ami vécut son enfance. Et, de plus, nous devions traverser Médine, et son célèbre fort au bord du Sénégal. Nous fîmes la visite du célèbre fort de Faidherbe, en pleine rénovation car bien mal en point, sous la tutelle d’un guide exceptionnel, dont on apprit plus tard qu’il fut classé 3ème meilleur guide touristique du Mali .. Un projet de financé par la France consistait à remettre le site en état. C’était indispensable, car bâtiments, environs et cimetière étaient dans un état pitoyable. Néanmoins je détestais cette idée de crépir, qui plus est en ciment (sainte horreur .. !..) un bâtiment principal construit avec une magnifique pierre en état impeccable .. le fils de granitier breton que je suis et resterai, ne supporte pas que l’on crépisse la belle pierre de taille .. !.. une faute de goût impardonnable .. !..
Nous récupérons Monsieur le maire de la commune de Médine, dont Kounda est l’un des 12 villages qu’il doit gérer, et nous partons longer le fleuve Sénégal pour nous rendre à Kounda. Mais Débé nous informe que nous passerons aux chutes de Félou : vieil aménagement sur le Sénégal, à cause de très gros morceaux de granit affleurant le sol, et une dénivellation importante, suffisamment pour y bâtir une centrale hydro-électrique produisant quelques 850 kilowatts … mais que l’on prévoit de rénover pour passer à quelques Gigawatts … sans que le village ne perçoive ni subvention, ni tarif particulier .. Bizarre .. l’ancien ingénieur de EDF que je fus, croyait que partout dans le monde, la commune qui supportait un tel ouvrage en tirait quelques avantages … à suivre … mais le site est magnifique … il semble même qu’il pourrait être aménagé pour des activités de loisirs … sans doute faudra-t-il attendre la fin du chantier engagé par les chinois qui consiste à réaliser la route bitumée reliant Kayes à Bafoulabé, passant à quelques enjambées d’ici …
Nous arrivons à Kounda, accueillis pour un repas symbolique chez le chef de village, suivi d’un repas plus conséquent dans la famille de l’ami TALL qui est ému de retrouver le village de son père, de son grand-père .. certains bâtiments qu’il connaissait ne sont plus là .. c’est la vie … L’appareil photo est en panne : pas de souvenir pour les autres …
Après déjeuner, nous visitons Kounda, partie haute, et partie basse, au bord du Sénégal qui les contourne magnifiquement ..
Pourtant, et paradoxalement, le problème de Kounda est un problème d’eau … 3 forages sur 4 débouchent sur des nappes d’eau salée … pas simple à organiser .. un forage coûte cher ..
En bas, le village est au niveau du fleuve. On y fait du maraichage .. mais pas assez, on manque d’eau … Les villageois nous sollicitent pour des équipements coûteux : barrages, canaux d’irrigation, … je me promène partout, avec le maire et Débé, qui, comme moi, semblent perplexes … j’énonce une solution simple au maire, totalement différente de celle envisagée, qui mérite d’être étudiée avec un relevé topographique du site … le maire est de mon avis, et la carte topographique par vue aérienne montrera que l’idée est bonne : le terrain est très proche du fleuve, de plusieurs hectares, et comporte des traces de très grandes mares, peu profondes, qui se remplissent très certainement en saison des pluies. J’émets l’idée de les creuser de quelques 1 ou 2 mètres, de les relier entre elles par un petit canal, et de les rattacher au fleuve par un autre petit canal, chacun avec sa vanne de régulation pour le niveau de l’eau dans la partie dérivée … mais ce travail nécessite beaucoup de travail préparatoire des villageois qui doivent amorcer le chantier, afin de l’achever avec quelques pelleteuses … » aide-toi, le ciel t’aidera » … mais il y a pire .. nous butons sur autre souci : nous sommes venus avec un technicien d’Hydro-Sahel, entreprise ayant des compétences reconnues dans les ouvrages hydrauliques. Ce dernier doit procéder à des relevés, et nous remettre son rapport avec différentes hypothèses et solutions. Sa conclusion concernant le maraichage est très différente de la nôtre et coûte très cher, donc il n’a plus rien à gagner si l’on pratique ma solution .. conclusion : il ne nous remettra jamais son rapport .. tout simplement … Nous ne sommes pas venus pour rien, mais presque …
Nous rentrons au village pour un bon thé sous l’arbre à palabres .. puis nous rentrons vers Kayes.
Nous devons déposer le maire à Médine. Il est heureux de connaître Tapama dont il veut faire une « personne-ressource » ..
Soit. Si nous pouvons lui être utiles, nous le ferons volontiers.
Le projet de Kounda en restera là. Les soucis avec hydro-Sahel ne trouveront pas de solution.
D’autre part, c’est un village surtout aidé par l’association des Yvelines, et, sauf défection totale et définitive, nous ne sommes pas là pour les perturber. Et nous s avons tous qu'ill n’est jamais bon que deux associations agissent dans un même village : cela finit très souvent assez mal, au détriment du village … Mais nous n’entendrons plus jamais parler de cette association.
De plus, l’ami TALL propose de laisser les responsables du village et le maire gérer le problème avec Hydro-Sahel …
Alors, si TALL le dit .. nous le suivons sans état d'âme ... débé veillera sur son village, et nous tiendra informé …
... à suivre …
Jacquy PRUDOR